Numéro
n° 01
Date
Thèmes
lucidité, choix, complotisme
Temps de lecture
9 min de lecture

À quoi se mesure la lucidité

Tout le monde a des problèmes, et tous les jours : avec l’argent, avec les enfants, dans les relations. Quand ce ne sont pas les siens, ce sont ceux des gens qu’on connaît. Chacun a aussi déjà eu affaire à la tromperie. D’habitude, on appelle tout cela le chaos ou l’agitation. Ce sont des mots courants, mais superficiels : ils ne rendent pas la profondeur de ce qui se passe. En fait, on vit en pilote automatique et l’on ne fait que prendre part à ce qui a été bâti autour de soi. Qui d’entre nous comprend vraiment cela ? Et comment savoir, alors, s’il y a de la lucidité chez quelqu’un ou non ?

On attribue la lucidité d’après des signes extérieurs

La lucidité peut se trouver chez un enfant et faire défaut à un adulte. Pourtant, on l’attribue à un maître, à un scientifique, à un ecclésiastique ou à celui que vous avez vous-même décidé de considérer comme tel. Et lui, bien sûr, accepte ce rôle. C’est ainsi que les apparences se mettent à passer pour l’essentiel : le titre, le désir de sauver la face ou de se faire valoir.

Rien qu’à ses actions, on peut toujours voir qu’il n’y a là aucune lucidité, mais du profit, du calcul, de l’exploitation. Si vous poussez la réflexion plus loin, vous chercherez à en trouver la clé et vous vous pencherez sur un détail : pourquoi vous la lui attribuez, à lui précisément, et ce que vous y mettez. Quel est votre but ? Et vous découvrirez forcément que vous y avez mis votre propre calcul, que vous justifieriez par n’importe quoi. Dans les faits, vous avez préparé une trahison, et vous vous dressez contre tout et contre tous.

L’opinion transmise se change en conditions

Puis, de la même façon, vous transmettez cette opinion à quelqu’un d’autre. Celui-ci la transmet au suivant, et c’est là que passe une frontière qui a déjà cessé d’en être une : c’est une brèche dans le mur, par où s’engouffre le premier venu. Ainsi, toute situation, créée par la personne elle-même ou par quelqu’un pour elle, finit par se changer en conditions.

Qu’est-ce que je veux dire par là ? Pesez les mots eux-mêmes, « conditions », « milieu » et « situation », et vous découvrirez aussitôt que, rien que sur la journée écoulée, vous avez vous-même essayé, de la même façon, de régler ou de boucler vos affaires en passant par quelqu’un. Elles aussi se retrouvaient dans ce milieu et y croisaient celles des autres. C’est de là que naît ce chaos que l’on comprend de travers : les décisions se croisent jusqu’à buter sur leur contraire ou sur une opposition, et celle-ci se traduit alors en actes.

Et gardez d’emblée à l’esprit qu’absolument tout le monde fait de même. Imaginez maintenant combien de conditions et de milieux de toutes sortes chacun prépare pour l’autre, tient en réserve et utilise. Tout cela est jeté dans la société, où tout se mélange. Comment mener sa vie dans un tel mélange, si ce sont les conditions qui la mènent ?

Ce ne sont pas ceux qu’on accuse qui tiennent tout

Quand les conséquences arrivent, on montre du doigt les dirigeants et on accuse tous ceux qu’on peut. Mais ce ne sont pas les dirigeants qui tiennent tout cela. C’est nous qui le tenons, vous et moi.

C’est nous aussi qui apprenons même à nos propres enfants où aller et à quoi aspirer. Et nous ne comprenons même pas ce que nous leur apprenons. Dans les faits, nous leur apprenons les mêmes choses, tous ces problèmes qu’ils ne se contenteront pas de rencontrer, c’est sûr à cent pour cent : ils vivront dedans. Seul un pourcentage infime en trouvera l’issue. Voilà comment nous aimons…

Ceux qu’on accuse ont grandi de la même façon, nourris des leçons de leurs parents et de l’opinion empruntée à la société. Ils sont comme nous tous : moi, à moi, pour moi. Avec un champ de vision aussi étroit, l’un crée des problèmes à l’autre pour survivre à ses dépens.

Avec l’argent, c’est comme à la maison : ce qu’on a laissé reste là

Où trouver de l’argent, pourquoi certains ont de la chance et d’autres non, et quand viendra enfin la richesse ? Presque tout le monde y pense. On cherche la réponse dans les cartes de tarot, chez les voyantes, dans les superstitions et dans les conseils des autres. Comment on vous roule au passage, je le montrerai, et je donnerai toutes les réponses et toutes les solutions. On vous roule même quand, par hasard, vous avez gagné un peu d’argent quelque part et que vous vous dites : « Et hop, ça a marché ! » En réalité, vous avez bouclé la journée, mais perdu un mois, voire un an.

Dans les faits, chacun n’a que ce qu’il a lui-même gardé, accepté, approuvé, enseigné aux autres et cultivé. C’est comme à la maison : ce que chacun a laissé, là où il l’a laissé et comme il l’a laissé, reste ainsi, jusqu’à ce qu’il range lui-même ou que l’un des siens range derrière lui.

Quand l’esprit tout entier est occupé par le matériel, on mesure tout à ses gains, à ses réussites et à ce en quoi l’on se distingue des autres. L’attention portée à soi et à ses proches cède la place au calcul. Et les jeunes grandissent avec l’argent de leurs parents : on le leur donne à la place de l’attention et du temps.

Voici un petit exemple. Admettons que vous puissiez tout acheter. Achetez donc le temps que vous avez perdu. Si vous y arrivez, alors vous êtes un être surnaturel et un surhomme ! Et la réponse à cela décide absolument de tout.

Où passe ce temps ? Pendant que vous consacrez votre vie à quelqu’un qui ne vous complète en rien, il acquiert à la fois sa propre vie et votre aide, pour y vivre et y survivre. Et la vôtre, vous la perdez tout simplement. Mais le plus souvent, nous concentrons nos efforts pour obtenir des relations et des résultats là où l’on ne nous accepte pas, et nous y passons la plus grande partie de notre temps. Et là où l’on est prêt à nous compléter, nous le tenons déjà pour acquis et nous perdons ce que nous avions. C’est pourquoi, ici aussi, la définition parle d’elle-même. Vos désirs contredisent entièrement les résultats mêmes dont vous avez besoin.

La lucidité se mesure par le choix

La lucidité n’est ni l’intelligence, ni le QI, ni même l’intellect. C’est ce qui restera toujours en vous et avec vous, et c’est là tout le sens de votre vie. Vous pouvez être qui vous voulez et penser de vous ce que vous voulez. C’est votre droit. M’en mêler ou vous influencer, je n’en ai pas le droit. Ce qui vous définit, c’est le choix, c’est-à-dire les décisions et les actions. Il est confirmé par vos actes et par le motif que vous y mettez, et c’est précisément à eux que l’on reconnaît la lucidité sans se tromper. Tout est choix. On vit dans ce que l’on choisit.

Dans les relations, tout se voit de la même façon : par le choix de l’autre. Vous y avez toujours votre place, et c’est la nature de cette place qui montre sa véritable attitude envers vous. Et tout ce qu’il vous montre, ce n’est pas ça. Si, en paroles, tout y est, mais qu’en actes quelque chose manque, c’est que son attitude ne tient qu’à son humeur.

Ce qui fait de vous un leader, c’est un choix où vos qualités jouent en votre faveur. Quand il faut se démarquer, on mise d’habitude sur ces mêmes apparences, et elles jouent contre vous. Nous nous faisons passer pour ce que nous ne sommes pas, nous cherchons le vrai, alors que, par toute notre conduite, nous proposons nous-mêmes un jeu. Vous avez beaucoup de qualités, et chacune soit joue en votre faveur et vous complète, soit vous détruit et crée sans cesse des problèmes. Ce ne sont pas les qualités elles-mêmes qui en décident, mais votre choix, votre attitude et vos conclusions.

Le complotisme, on le crée soi-même

Partout la tromperie, tout est truqué, ils se sont ligués contre nous : c’est ainsi qu’on explique aussi bien le manque d’argent que les échecs. Mais il n’y a aucun complotisme, ni rien de tout ce dont vous entendez parler. Tout choix montre la logique de celui qui l’a fait. Quelqu’un d’obéissant réfléchit au moins de temps en temps à quelque chose. La lâcheté, en revanche, on peut toujours la justifier par n’importe quoi. C’est bien de la justifier qu’il s’agit, et non de changer quelque chose en soi. Voilà tout le complotisme : on le crée soi-même, on l’affirme et on le fait vivre soi-même par sa propre lâcheté et sa bêtise, et l’on renonce à la réalité. C’est là-dessus qu’on vous roule.

Questions à se poser

Il n’y a qu’une mesure, et vous pouvez vous l’appliquer dès maintenant :

  • À qui avez-vous attribué de la lucidité sans regarder son choix ?
  • Par qui avez-vous essayé de régler vos affaires au cours de la journée écoulée ?
  • Qu’est-ce que vos enfants apprennent vraiment de vous ?
  • Qui accusez-vous de ce que vous vous créez de vos propres mains ?
  • Combien de temps avez-vous donné à l’argent, qui vous manque de toute façon ?
  • Lequel de vos choix avez-vous confirmé dans les faits au cours de la semaine écoulée ?
  • Quelle place occupez-vous dans le choix d’un de vos proches ?
  • Par quoi cherchez-vous à vous démarquer, et en faveur de qui cela joue-t-il vraiment ?
  • Que justifiez-vous au lieu de le changer ?

Une réponse désagréable, ne serait-ce qu’à une seule question, montre par où commencer à ranger. Si une réponse ne vient pas, écrivez-moi ci-dessous : nous y verrons clair ensemble.

En bref

À quoi se mesure la lucidité ?

Au choix qu’une personne a confirmé dans les faits : à ses décisions, à ses actes et au motif qu’elle y a mis. L’intelligence, le QI et l’intellect ne la montrent pas, c’est pourquoi elle peut se trouver chez un enfant et faire défaut à un adulte.

Pourquoi voit-on souvent la lucidité chez quelqu’un qui n’en a pas ?

Parce qu’on l’attribue d’après des signes extérieurs : à un maître, à un scientifique, à un ecclésiastique. Celui-ci accepte le rôle, même si ses actions laissent voir le profit, le calcul et l’exploitation.

Pourquoi l’argent manque-t-il, même quand on arrive à en gagner ?

Un gain de hasard boucle la journée, mais on perd un mois, voire un an. Quand l’esprit tout entier est occupé par le matériel, l’attention portée à soi et à ses proches cède la place au calcul, et aucune somme ne compensera le temps dépensé.

D’où vient le complotisme dont on parle tant ?

On le crée soi-même. On peut justifier sa lâcheté par n’importe quoi, mais seulement la justifier, et non changer quelque chose en soi. Ainsi, on affirme soi-même le complotisme, on le fait vivre, et l’on renonce à la réalité.

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